40. Dans la voiture, Copperfield se demande
Dans la voiture, Copperfield se demande comment ils vont faire. Ils ont un témoin clé qui n’a rien vu et un suspect n° 1 dont tout ce qu’ils savent est faux. Vous avez raison inspecteur, dit-il, dans cette enquête tout le monde nous ment.
Rivage explique que c’est souvent le cas quand l’enquête s’étend. Chaque personne est forcément impliquée d’une façon ou d’une autre et a quelque chose à cacher. Leur travail, c’est de faire le tri et d’éliminer tous les mensonges qui n’ont rien à voir avec leur enquête, mais qui l’influencent quand même.
Rivage dit : c’est pas un boulot facile.
Copperfield parle un peu de Peter Fire. Il dit : on a quand même eu de la chance de se trouver à la carrière en même temps que lui. Rivage dit : ça n’a rien à voir avec la chance. Il explique à Copperfield une théorie de Sam Delta sur les destins croisés. Selon elle, toutes les vies sont des chemins tracés à l’avance, que nos chakras empruntent dans la pleine conscience de notre ignorance.
En fait, dit Rivage, comme on n’utilise que 10 % des capacités de notre cerveau, on ne peut pas comprendre que chaque geste qu’on fait est déjà fait avant qu’on le fasse.
Parce que sinon Rivage aurait déjà réglé cette enquête depuis longtemps pour aller faire du Flyboard à Miami.
Copperfield demande à Rivage s’il sait déjà que son destin l’emmènera faire du Flyboard à Miami. Non, dit Rivage, ça c’est juste mon rêve, mais il n’a rien à voir avec mon destin.
Copperfield imagine dans quelles circonstances Sam Delta a raconté cette théorie à Rivage. Ils ont sans doute eu cette conversation dans un sauna, pense-t-il, ou au sommet d’un gratte-ciel.
En tout cas, pour le moment, leurs pistes ne mènent à rien : le jumeau de Ken est introuvable, la piste du réseau pédopornographique s’essouffle, et ils n’en savent pas plus ni sur la couronne ni sur le mot de passe de Banjo-Kazooie, dont ils ont presque oublié l’existence.
Copperfield espère que le chemin tracé par leurs chakras va bientôt apparaître.
Les rétroviseurs de la voiture sont vraiment sales. Rivage s’arrête à la station-service du supermarché pour la nettoyer. Il choisit le programme moussant. Les rouleaux vont et viennent sur le toit et les portières de la voiture. Ça mousse bien, dit Rivage.
Il regarde autour de lui les pelouses tondues, le parking, les voitures qui se garent et celles qui ne se garent pas. Il regarde les enseignes d’un magasin de bricolage et d’un coiffeur. Myst’hair’ieux, lit-il.
Il montre l’enseigne à Copperfield. Il dit : t’as vu, c’est comme mystérieux et cheveux en anglais. Copperfield ne réagit pas. C’est malin comme nom, dit Rivage. Oui c’est vrai que c’est malin, dit Copperfield.
Copperfield va se chercher un sandwich. Au rayon frais, il prend d’abord un triangle jambon emmental, et puis il le repose pour prendre un poulet salade. À la caisse, il reconnaît quelqu’un de dos.
C’est Marle, qui n’a pas l’air en forme.
Elle quitte le supermarché, traverse le parking et part à pied dans les allées d’un lotissement.
Copperfield rejoint Rivage qui écoute la radio dans sa voiture propre. Il monte et dit : j’ai reconnu Marle dans le supermarché, elle est partie par là. Il pointe du doigt les maisons et laisse une trace de gras sur le pare-brise.
Rivage dit : attends, écoute.
À la radio, le journaliste dit : la NASA affirme que le chien cosmonaute a amerri comme prévu et sans dommage dans le Pacifique. Rivage éprouve une sorte de soulagement. Il est arrivé un peu en avance, dit le journaliste, mais sa capsule va dériver lentement vers Santiago. C’est le premier être qui revient de Mars vivant.
C’est vraiment un héros ce chien, dit Rivage. Il démarre et passe la première.